Dog Altogether

Tout le comportement de Joseph le définit comme un homme détruit et aspiré par toujours plus d'autodestruction, capable de violences et provocations aussi stupides qu'injustifiées ainsi que de réactions racistes. Après une invective avec des clients d'un pub, il frappe son chien au point de devoir l'achever en l'empoisonnant. Il s'en lamente auprès du guichetier du bureau de poste, qui n'en est pas ému et lui rétorque que ce n'est pas la première fois. L'homme, pakistanais, réagit naturellement à l'assimilation faite avec mépris entre son origine et les poseurs de bombes. Son humanité vraie, Joseph la manifeste lors de ses visites à un ami grabataire, ou au petit cimetière sur les hauteurs, devant la tombe de Pauline à qui il confie , comme si elle, et elle seule, pouvait l'entendre que tout est train de mourir autour de lui. Acte d'impuissance ultime autant que sursaut d'espèrance en l'humain et peut être de foi chrétienne, il court dans la rue en pleurant comme un enfant et fonce se réfugier, se cacher, disparaître au fin fond du rayon vêtements de la boutique chrétienne tenue par Anita.

Paddy Considine passe enfin derrière la caméra avec ce premier court-métrage soutenu par Shane Meadows ( réalisateur de This is England ) et Gary Oldman.

Le titre " Dog altogether" est une expression irlandaise qui signifie " vie de chien". " Vie de chien" est pris au pied de la lettre. Considine ouvre son film sur Peter Mullan ( qui a réalisé The Magdalene Sisters) très énervé qui fout des coups de pied à son chien, seul ami qu'il a encore. L'on voit d'emblée un homme brisé par on ne sait trop quoi. Puis cette phrase " tout le monde meurt autour de moi". L'homme se sent bien seul, comme abandonné, ce qui pourrait expliquer son agressivité et sa violence. Il effraie toux ceux qu'il approche et pourtant il vient se réfugier dans la boutique chrétienne tenue par une femme, Anita. Et là il pleure toutes les larmes de son corps et de son coeur sans doute bien chargé. Est ce la foi chrétienne ou la tendresse d'une femme qui viendront l'apaiser ? En tout cas, " Robert De Niro" comme il se fait appeler, ressort de la boutique un peu mieux que lorsqu'il y était entré. C'est alors que trois jeunes lui tombent dessus et le passe à tabac. La violence des coups n'est pas sans rappeler des films comme This is England et la situation urbaine celle des films de Ken Loach.

L'homme se réveille . Il est vivant. Et là sur sa main, une alliance qui brille. L'on peut alors comprendre que sa femme n'est plus là. Est elle partie ? Est elle morte ? Est ce " Pauline" ? Est ce la mort de son épouse qui l'a dévasté à ce point ? Est ce pour cela qu'il va chercher le réconfort auprès d'une femme ? Est ce un moyen de montrer qu'il a besoin d'une présence maternelle ? Besoin d'être comme materné et apaisé ?

A travers ce premier court, Paddy Considine allie souvenirs cinématographiques de Ken Loach, ou d'Alan Parker, et dépeint un pan de l'Angleterre. Et si l'on s'aidait les uns les autres au lieu de se rejetter sans cesse ? Il n'y aurait plus de place pour la solitude et les chiens errants.